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Boîte à outils gratuite

Troubles de l'oralité
alimentaire
chez l'enfant

Comprendre les difficultés alimentaires de votre enfant et l'accompagner au quotidien avec des activités adaptées, sans pression et à son rythme.

Qu'est-ce qu'un trouble de l'oralité alimentaire ?

Comprendre ce que recouvre ce terme et ce qui le différencie d'un simple "enfant difficile".

Comprendre

Le trouble de l'oralité alimentaire (TOA) désigne un ensemble de difficultés liées à l'alimentation qui vont au-delà du simple caprice. L'enfant ne choisit pas de refuser : il est en difficulté face à certains aliments, textures, odeurs ou situations de repas.

Ce n'est pas un caprice quand...

  • L'enfant a un répertoire alimentaire très restreint (moins de 20 aliments acceptés)
  • Il présente des réactions intenses face à certains aliments (haut-le-cœur, pleurs, fuite)
  • Il refuse des catégories entières de textures (tout ce qui est mou, ou tout ce qui croque)
  • Les repas sont source d'angoisse pour l'enfant et/ou la famille
  • La sélectivité dure dans le temps et ne s'améliore pas spontanément
Important : Un trouble de l'oralité a toujours une origine (sensorielle, motrice, médicale, ou liée à une expérience négative). Ce n'est jamais de la mauvaise volonté.

Les signes à repérer

Comment reconnaître un trouble de l'oralité alimentaire chez votre enfant.

Comprendre

Signes liés à la nourriture

  • Refuse de goûter les aliments nouveaux de manière systématique
  • Accepte uniquement certaines textures (lisse, croquant) et refuse les autres
  • Trie les aliments par couleur, forme ou marque
  • A des haut-le-cœur ou vomit face à certains aliments ou odeurs
  • Ne mange qu'une liste très limitée d'aliments (parfois moins de 10)

Signes au moment du repas

  • Refuse de s'asseoir à table ou fuit les repas
  • Montre de l'anxiété à l'approche du repas
  • Met très longtemps à manger ou garde les aliments en bouche sans avaler
  • Ne tolère pas que certains aliments soient dans son assiette ou se touchent

Signes sensoriels plus larges

  • N'aime pas se salir les mains (peinture, sable, pâte à modeler)
  • Est gêné par certaines textures de vêtements ou d'objets
  • Est sensible aux odeurs dans l'environnement
Astuce : Si vous reconnaissez plusieurs de ces signes chez votre enfant, un bilan en ergothérapie permettra de comprendre l'origine des difficultés et de proposer un accompagnement adapté.

Le rôle de l'ergothérapeute

Comment l'ergothérapeute accompagne les troubles de l'oralité alimentaire.

Comprendre

L'ergothérapeute évalue les capacités sensorielles, motrices et comportementales de l'enfant en lien avec l'alimentation. Il propose ensuite un accompagnement personnalisé et progressif.

Ce que fait l'ergothérapeute

  • Évalue le profil sensoriel de l'enfant (hypersensibilité, hyposensibilité)
  • Identifie les difficultés motrices orales éventuelles (mastication, déglutition)
  • Observe le déroulement du repas et l'environnement alimentaire
  • Propose des activités d'exploration sensorielle adaptées
  • Accompagne la famille dans la mise en place de stratégies au quotidien
  • Travaille en lien avec les autres professionnels si nécessaire (orthophoniste, pédiatre, psychologue)
Important : L'accompagnement est toujours progressif et sans forçage. L'objectif est que l'enfant retrouve du plaisir autour de l'alimentation, pas qu'il mange "tout".

Aménager l'environnement du repas

L'environnement joue un rôle majeur dans le déroulement du repas. Quelques aménagements simples peuvent changer beaucoup.

Le repas

L'installation

  • Vérifiez que l'enfant est bien installé : pieds posés à plat (marchepied si nécessaire), dos soutenu, table à bonne hauteur
  • Une bonne posture facilite la mastication et la déglutition
  • Limitez les distractions (écrans, jouets, télévision éteinte)

L'ambiance

  • Repas en famille autant que possible : l'enfant observe et imite
  • Atmosphère calme et détendue — évitez les tensions autour de la nourriture
  • Durée raisonnable : 20 à 30 minutes maximum, pas plus
  • Prévenez l'enfant quelques minutes avant le repas pour qu'il se prépare
Astuce : Un enfant stressé à table ne mange pas mieux. La priorité est que le repas reste un moment agréable, même si l'enfant mange peu.

La règle d'or : zéro pression

Le principe fondamental de l'accompagnement des troubles de l'oralité.

Le repas

Ce qu'il faut éviter

  • Forcer l'enfant à goûter ou à finir son assiette
  • Négocier, marchander ou menacer ("si tu ne manges pas, pas de dessert")
  • Commenter chaque bouchée ou chaque refus
  • Comparer avec les frères et sœurs ou les autres enfants
  • Déguiser les aliments pour "tromper" l'enfant (cacher des légumes)

Ce qui aide

  • Proposer sans insister — l'aliment est dans l'assiette, l'enfant décide
  • Valoriser chaque petit progrès (il a touché, senti, léché — c'est déjà beaucoup)
  • Manger la même chose que l'enfant en montrant du plaisir
  • Accepter que certains jours soient meilleurs que d'autres
  • Faire confiance au rythme de l'enfant
Rappel : Le forçage alimentaire est contre-productif. Il renforce l'anxiété et les associations négatives avec la nourriture. La patience et la répétition sans pression sont les meilleurs alliés.

Présentation de l'assiette

Comment présenter les aliments pour que le repas soit le moins anxiogène possible.

Le repas

Quelques principes

  • Petites quantités : une assiette trop remplie est décourageante
  • Séparer les aliments : si l'enfant ne supporte pas que les aliments se touchent, utilisez une assiette à compartiments
  • Toujours proposer au moins un aliment que l'enfant accepte (son aliment "sécurité")
  • Proposer le nouvel aliment à côté, sans obligation — il peut rester dans l'assiette sans être mangé
  • Laisser l'enfant toucher, sentir, jouer avec la nourriture s'il en a besoin
Astuce : L'assiette à compartiments est un outil simple mais très efficace. Elle rassure l'enfant en lui donnant du contrôle sur son espace alimentaire.

Explorer les textures hors repas

Avant de travailler avec la nourriture, on commence par explorer les textures dans un contexte sans enjeu alimentaire.

Exploration sensorielle

Activités tactiles

  • Bacs sensoriels : riz, semoule, lentilles, sable, eau avec des éléments à chercher dedans
  • Pâte à modeler, pâte à sel, slime, mousse à raser
  • Peinture avec les doigts sur différents supports
  • Jouer dans le sable, la terre, l'herbe, la boue
  • Manipuler des matières variées : coton, papier de soie, éponges, tissus

Progression

Si l'enfant est réticent au toucher, commencez par des outils (cuillère, pinceau, bâton) avant de passer au contact direct avec les mains. Allez à son rythme.

Astuce : Ces activités peuvent se faire au quotidien, pendant le bain, en extérieur, en jouant. L'enfant ne doit pas avoir l'impression de "travailler" — c'est du jeu.

Explorer les odeurs

L'odorat est souvent le premier sens sollicité face à un aliment. L'apprivoiser est une étape importante.

Exploration sensorielle

Jeux autour des odeurs

  • Le loto des odeurs : reconnaître des odeurs les yeux fermés (épices, fruits, savon, herbes)
  • Sentir les ingrédients en cuisinant : vanille, cannelle, menthe, citron
  • Jeu "j'aime / je n'aime pas / neutre" : classer les odeurs sans jugement
  • Se promener au marché et sentir les fruits, les fromages, les fleurs
  • Sentir avant de goûter — ne jamais forcer le passage de "sentir" à "goûter"
Astuce : Respectez toujours le "non" de l'enfant. S'il refuse de sentir quelque chose, on passe à autre chose. L'objectif est de créer des expériences positives, pas de forcer.

Explorer avec la bouche (hors alimentation)

Désensibiliser la zone orale avec des activités qui ne sont pas liées à manger.

Exploration sensorielle

Activités orales

  • Souffler : bulles de savon, sifflets, bougies, plumes, balles de ping-pong
  • Aspirer : boire à la paille (différentes épaisseurs de liquide), transvaser de l'eau avec une paille
  • Vibrations : brosses à dents vibrantes (laisser l'enfant explorer lui-même), jouets vibrants près de la bouche
  • Massages : si l'enfant le tolère, petits massages autour de la bouche, des joues, avec les doigts ou un tissu doux
  • Instruments de musique : harmonica, flûte, kazoo
Astuce : Les activités de souffle sont particulièrement intéressantes car elles travaillent la motricité orale tout en étant très ludiques. Variez les supports : pailles de différentes tailles, bulleurs, moulins à vent.

Les étapes de l'approche alimentaire

La progression vers l'acceptation d'un nouvel aliment passe par des étapes bien définies. Chaque étape est un progrès.

Progression

La chaîne de progression

Tolérer
Regarder
Sentir
Toucher
Lécher
Goûter
  • Tolérer : l'aliment est dans la pièce, puis sur la table, puis dans l'assiette — sans obligation d'interaction
  • Regarder : l'enfant observe l'aliment, en parle, le décrit (couleur, forme)
  • Sentir : approcher l'aliment du nez, décrire l'odeur
  • Toucher : manipuler l'aliment avec les doigts, le couper, le presser
  • Lécher : goûter avec le bout de la langue, porter l'aliment aux lèvres
  • Goûter : mettre en bouche, mâcher, avaler — même une infime quantité
Important : Un enfant peut rester à une étape pendant des semaines. C'est normal. Chaque étape franchie est une victoire. Ne sautez jamais d'étapes.

Élargir le répertoire alimentaire

Comment introduire de nouveaux aliments en s'appuyant sur ceux que l'enfant accepte déjà.

Progression

Le principe du "chaînage alimentaire"

On part d'un aliment accepté et on propose des variations très progressives :

  • Même aliment, autre marque : si l'enfant mange des pâtes d'une marque, proposer la même forme d'une autre marque
  • Même aliment, autre forme : des penne au lieu des coquillettes
  • Même aliment, autre température : des pâtes froides en salade au lieu de chaudes
  • Même aliment, petit ajout : un filet d'huile, un peu de beurre, une herbe
  • Aliment proche : si l'enfant aime la pomme, proposer de la poire (texture similaire)
Astuce : Listez tous les aliments que votre enfant accepte. Pour chacun, trouvez 2 ou 3 variations proches. Vous aurez une carte des possibles pour avancer progressivement.

Les textures : une progression clé

La texture est souvent le critère le plus important pour les enfants avec un TOA. Voici comment progresser.

Progression

Échelle de textures (du plus facile au plus difficile pour la plupart des enfants)

  • Lisse et homogène : compotes lisses, yaourt, purée très lisse
  • Fondant : banane très mûre, avocat, fromage fondu
  • Avec petits morceaux : compote avec morceaux, soupe avec vermicelles
  • Tendre : pâtes bien cuites, poisson, légumes fondants
  • Ferme : viande, pain, légumes cuits al dente
  • Croquant : crudités, biscuits, chips, pomme
  • Mixte : céréales dans du lait, soupe avec croûtons (le plus difficile car deux textures en même temps)
Important : Cette échelle est une tendance générale. Chaque enfant est différent : certains préfèrent le croquant au fondant. Observez ce que votre enfant accepte et partez de là.

Cuisiner ensemble

La cuisine est un formidable terrain d'exploration sensorielle et de familiarisation avec les aliments.

Activités

Pourquoi c'est intéressant ?

En cuisinant, l'enfant touche, sent, observe et manipule les aliments sans pression de les manger. Il se familiarise progressivement et à son rythme.

Idées d'activités

  • Laver les fruits et légumes (contact avec l'eau et les textures)
  • Éplucher, couper (avec un couteau adapté), râper
  • Mélanger, touiller, pétrir
  • Décorer (placer les ingrédients sur une pizza, un gâteau)
  • Goûter un ingrédient pendant la préparation — sans obligation
Astuce : L'enfant qui a participé à la préparation est souvent plus enclin à goûter le plat. Ce n'est pas garanti, mais la familiarisation avec les ingrédients crus est déjà un progrès.

Jardiner

Faire pousser ses propres aliments est une façon de se familiariser avec la nourriture dès l'origine.

Activités

Idées faciles à faire pousser

  • Radis (pousse en 3 semaines, résultat rapide et motivant)
  • Tomates cerises (été, en pot sur un balcon)
  • Herbes aromatiques : basilic, menthe, ciboulette (en intérieur)
  • Fraises (en pot, résultat sucré qui motive)
  • Lentilles ou haricots dans du coton (germination visible en quelques jours)

L'enfant arrose, observe la croissance, récolte. La fierté d'avoir fait pousser quelque chose peut l'inciter à goûter.

Astuce : Même si l'enfant ne goûte pas ce qu'il a fait pousser, le fait de toucher la terre, de sentir les herbes, d'observer la transformation est déjà un travail sensoriel précieux.

Jeux autour de la nourriture

Jouer avec la nourriture — oui, c'est recommandé ! Voici des idées pour rendre l'alimentation ludique.

Activités

Jeux sans obligation de manger

  • Construire avec la nourriture : tours de légumes, bonhomme en fruits, maison en biscuits
  • Peindre avec la nourriture : betterave, épinards, curcuma comme "peinture"
  • Tampons alimentaires : demi-pomme de terre, demi-pomme, brocoli dans la peinture
  • Trier par couleur, forme ou taille
  • Devinettes sensorielles : les yeux fermés, deviner un aliment au toucher ou à l'odeur
  • Faire des visages dans l'assiette avec les aliments
Astuce : Ces jeux permettent un contact avec les aliments sans la pression de manger. L'enfant manipule, explore et crée des associations positives avec la nourriture.

Livres et supports visuels

Des livres et des supports pour parler de la nourriture de manière positive et sans pression.

Activités

Supports recommandés

  • Imagiers d'aliments : regarder, nommer, décrire les aliments en dehors du repas
  • Livres de recettes illustrés pour enfants : choisir ensemble une recette à réaliser
  • Histoires autour de la nourriture et des repas (dédramatiser)
  • Cartes de jeu avec des aliments : jeux de mémory, loto des aliments

Outils visuels pour le repas

  • Tableau de découverte : l'enfant coche quand il a toléré, touché, senti ou goûté un nouvel aliment
  • Roue des aliments : tourner et découvrir un aliment à explorer cette semaine
Astuce : Les supports visuels aident l'enfant à voir ses progrès. Un simple tableau "j'ai exploré" affiché dans la cuisine peut être très motivant.

Quand faut-il consulter ?

Les situations où un accompagnement professionnel est recommandé.

Quand consulter

Consultez un ergothérapeute si...

  • Votre enfant mange moins de 20 aliments différents
  • Il refuse des catégories entières d'aliments (tous les légumes, toutes les viandes, tout ce qui est mou...)
  • Les repas sont systématiquement source de conflit ou de détresse
  • Il perd du poids ou sa courbe de croissance stagne
  • Les difficultés alimentaires durent depuis plus de 6 mois sans amélioration
  • Il présente des haut-le-cœur ou vomit régulièrement à table
  • Les difficultés alimentaires impactent la vie sociale (cantine, repas chez des amis, sorties)
Important : Plus l'accompagnement est mis en place tôt, plus il est efficace. N'attendez pas que la situation se dégrade pour consulter. Un bilan permettra de comprendre l'origine des difficultés et d'adapter l'accompagnement.

Les professionnels impliqués

L'accompagnement des troubles de l'oralité est souvent pluridisciplinaire.

Quand consulter

Qui peut aider ?

  • Ergothérapeute : évalue le profil sensoriel, propose des activités d'exploration, accompagne la famille au quotidien
  • Orthophoniste : travaille sur les aspects moteurs de l'oralité (succion, mastication, déglutition)
  • Pédiatre / médecin : vérifie qu'il n'y a pas de cause médicale (reflux, allergie, problème ORL)
  • Psychologue : si une composante anxieuse ou un vécu traumatique est identifié
  • Diététicien : s'assure que les apports nutritionnels sont suffisants malgré le répertoire restreint
Astuce : La coordination entre les professionnels est essentielle. N'hésitez pas à demander à votre ergothérapeute de prendre contact avec les autres intervenants pour assurer la cohérence de l'accompagnement.

Chaque enfant est unique

Les conseils proposés ici sont des pistes générales. Chaque enfant ayant un trouble de l'oralité alimentaire a son propre profil sensoriel, son histoire et son rythme. Un accompagnement personnalisé en ergothérapie permettra d'adapter les stratégies aux besoins spécifiques de votre enfant.

Besoin d'un bilan en oralité alimentaire ?

Un bilan permet de comprendre l'origine des difficultés et de proposer un accompagnement adapté à votre enfant.

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